mercredi 22 décembre 2010

Métro 1

Un couple qui discute dans le métro.

L’HOMME: Non.
LA FEMME: Écoute moi s’il te plaît.
L’HOMME: Non, c’est bon, j’ai pas envie de parler d’argent.

L’homme tourne la tête. La femme va s'asseoir. La femme regarde l’homme mais l’homme fixe son regard dans l’autre direction. Une minute passe en silence.

L’HOMME: Excuse-moi.
LA FEMME: ...
L’HOMME: Excuse-moi, c’est bon, tu sais que ça m’énerve, je suis à bout, je suis désolé... S’il te plaît...

La femme se lève et rejoint l’homme.

L’HOMME: Je ne pensais pas que ça allait foirer comme ça, que ça allait me péter à la gueule et nous éclabousser. J’avais de l’espoir, tu comprends? Pour nous! J’en peux plus d’habiter dans 20m2, de monter sept étages matin et soir, de passer ma vie dans le métro. J’en peux plus d’avoir une seule fenêtre pour rêver et d’être en permanence hanté par le bruit du frigo... C’était ma chance ce boulot, c’était notre ticket de sortie. Parce qu’il ne faut pas te faire des illusions, je n’ai pas des entretiens tous les jours et encore moins pour un boulot en province... En province! Il paraît que là-bas tu te réveilles bercé par le bruit des oiseaux... Pas des pigeons comme ici, de vrais oiseaux... Parfois je me dis qu’à Paris il n’y a que des pigeons, une ville entière peuplée de pigeons... Pigeon vole! Et pendant ce temps ils rigolent bien en province, ils nous laissent croire qu’on est des rois, qu’on a de la chance d’habiter la capitale, et comme ça ils sont certains qu’on ne viendra pas les déranger dans leurs petites vies bien tranquilles, dans leurs grandes maisons individuelles avec jardin garni! On est leurs esclaves... Des esclaves avec des boulots d’intellos, c’est ça le progrès! Rien que des cons avec un grand C majuscule comme dans Capitale! … Il faut partir d’ici. Il faut partir... Viens avec moi, mon amour. Si tu m’aimes, viens avec moi...

L’HOMME ET LA FEMME ENSEMBLE:

Adieu Paris, triste scène,
Vieille capitale, lourde peine.

On s’en ira.
Loin des villes.
Loin des lumières.

On sortira.
Par la fenêtre.

Yann, décembre 2010, Nantes.

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